ENSEIGNANTE, J’AI CHOISI MONTESSORI

ENSEIGNANTE, J’AI CHOISI MONTESSORI

Tout au long de mes études, sur quatre longues années à l’université au baccalauréat en éducation préscolaire et en enseignement primaire, trois heures seulement ont été consacrées aux pédagogies alternatives. Frenet, Steiner-Waldorf et, évidemment, Montessori. Pour moi, ça y était, ma curiosité était piquée, je voulais en savoir plus. Comment ces pédagogies alternatives arrivaient-elles à donner un enseignement efficace? Laquelle correspondait le plus à ma vision de l’éducation? Tant de questions étaient restées sans réponse. J’ai terminé mes études, fait mes stages et contrairement à mes collègues de classe, je n’ai pas postulé dans les commissions scolaires. Mon cœur balançait entre l’éducation à la petite enfance et l’enseignement. J’avais aussi très envie de connaître ces fameuses pédagogies alternatives.

La vie fait souvent bien les choses, un poste venait de se libérer dans une petite école Montessori, à Montessori de la Colline. J’allais finalement en savoir plus. Mes premières observations dans ce milieu ont tout de suite suscité en moi plusieurs questions : Pourquoi les enfants circulent-ils librement à tout moment? Pourquoi l’enseignante donne-t-elle peu de leçons de groupe, mais plutôt des leçons individuelles? Pourquoi des groupes multi-âges? C’est en suivant ma formation des maîtres Montessori qu’à toutes ces questions j’ai trouvé des réponses. Wow! Ce fût pour moi un coup de foudre professionnel! J’avais enfin trouvé comment j’allais enseigner, éduquer. Je ne serais pas sur un piédestal, celle qui parle toute la journée en espérant que les enfants retiennent mon discours, celle qui demande aux plus lents de se dépêcher et aux plus rapides d’attendre leurs camarades… Je serais plutôt un guide, qui respecte le rythme de chaque enfant parce qu’elle en a le temps, qui observe d’abord pour mieux intervenir ensuite. Ma vision de l’enfant venait de changer. Il n’a pas besoin que je fasse pour lui, que je l’emplisse de mes connaissances. Seulement d’un petit levier pour l’aider et de ma confiance la plus sincère en ses capacités de faire seul. Faire seul. Aide-moi à faire seul. Ces cinq mots étaient devenus ma ligne directrice. Ne fais pas à ma place, aide-moi simplement à faire seul. N’est-ce pas la principale quête de l’enfant?! C’est du moins ce que Maria Montessori disait.

Mon rôle d’enseignante venait de prendre un tout autre sens. La planification restait importante, mais la préparation de l’environnement, de la classe, devenait primordiale. La classe est la deuxième maison de l’enfant, un endroit où il doit se sentir bien, stimulé et respecté dans ce qu’il est naturellement. Un endroit dont il a envie de prendre soin, de chérir. Un endroit où tout a été pensé pour lui et où tout est à sa portée. Ce n’était plus MA classe, mais bien LEUR classe. Maria Montessori appelait ses écoles préscolaires ‘Casa dei bambini’, la Maison des enfants, une petite école où l’enfant est le maître et chemine dans un cadre préétabli par l’adulte.

Dans cette Maison des enfants, je devenais un trait d’union. Un trait d’union entre l’enfant et son environnement. Un lien entre l’élève et le matériel. Celle qui présente l’activité, encourage l’effort, se retire au bon moment et sait se taire lorsque l’enfant est en action. Étant auto-correcteur, le matériel Montessori s’occupe lui-même du contrôle de l’erreur. L’enseignant n’a donc presque jamais à intervenir inutilement pour souligner les fautes. Il n’a pas à amener l’enfant vers un sentiment d’échec, mais plutôt à encourager sa capacité à faire seul et ainsi développer sa confiance en lui. L’enseignant va davantage souligner l’effort fourni plutôt que la réussite ou l’échec.

C’est ma vision de l’éducation. L’enfant au cœur de ses apprentissages. Respect du rythme de chacun. Liberté dans ses choix. Enfin, une pédagogie où la pratique rejoint la théorie.

La pédagogie Montessori fût pour moi une révélation. Elle a remis en doute mes apprentissages, l’éducation que j’ai reçu et celle que je voulais offrir à mes enfants. Elle a changé ma vision de l’enfant et même la vision que j’avais de moi-même, de mes capacités. Cette pédagogie me colle à la peau. Elle vient donner un sens à ma profession, ma vocation ; laisser jaillir le potentiel de chaque enfant…

 

Écrit par : Véronique Fortin, directrice pédagogique à Montessori de la Colline